OHADA vs Common Law Africa : Différences Systèmes Juridiques Afrique
L’Afrique subsaharienne représente aujourd’hui un horizon stratégique majeur pour les investisseurs internationaux, dirigeants de PME et directeurs financiers recherchant des relais de croissance ou des opportunités de diversification. Pourtant, au-delà des performances macroéconomiques et des perspectives de marché, la structuration juridique et fiscale des opérations demeure un déterminant critique de succès. Comprendre les différences fondamentales entre les deux systèmes juridiques dominants du continent – le cadre OHADA d’une part, et les juridictions de Common Law d’autre part – conditionne directement la sécurisation des investissements, l’optimisation fiscale légale et la conformité réglementaire.
Cet article compare les caractéristiques essentielles de ces deux environnements juridiques et examine leurs implications concrètes pour la structuration des flux transfrontaliers, la protection des actifs et la gestion des risques fiscaux et juridiques en zone EMEA.
Cadre OHADA : Harmonisation Juridique pour 17 Pays Francophones
L’Organisation pour l’Harmonisation en Afrique du Droit des Affaires (OHADA) regroupe 17 États membres – principalement d’Afrique de l’Ouest et Centrale francophone – sous un ensemble d’Actes Uniformes directement applicables. Cette architecture supranationale, créée en 1993, vise à sécuriser l’environnement des affaires par une harmonisation substantielle du droit commercial, du droit des sociétés et du droit des sûretés.
Actes Uniformes et Prévisibilité Juridique
Le système OHADA s’articule autour de plusieurs Actes Uniformes clés qui prévalent sur les législations nationales :
- Acte Uniforme relatif au Droit des Sociétés Commerciales et du GIE (AUDSCGIE) : normalise les formes sociales (SARL, SA, SAS), les formalités de constitution, les règles de gouvernance et les procédures de dissolution.
- Acte Uniforme portant Organisation des Sûretés (AUS) : modernise et standardise les sûretés réelles et personnelles, facilitant l’accès au crédit et l’exécution des garanties.
- Acte Uniforme relatif au Droit de l’Arbitrage (AUA) : offre un cadre robuste pour l’arbitrage commercial international, favorisant la résolution alternative des litiges.
- Acte Uniforme portant Organisation des Procédures Simplifiées de Recouvrement et des Voies d’Exécution (AUPSRVE) : accélère les procédures de recouvrement forcé.
Cette harmonisation présente un avantage stratégique majeur : un investisseur international peut déployer une structure juridique cohérente à travers plusieurs juridictions OHADA avec un niveau de prévisibilité et de sécurité élevé. La Cour Commune de Justice et d’Arbitrage (CCJA), basée à Abidjan, assure l’unité d’interprétation des Actes Uniformes par sa jurisprudence supranationale.
Avantages pour l’Investisseur International
Les dirigeants et directeurs financiers apprécient la lisibilité du cadre OHADA : la documentation légale, les formalités de création de filiales et les procédures de restructuration sont uniformisées. Pour une PME européenne souhaitant s’implanter simultanément au Sénégal, en Côte d’Ivoire et au Cameroun, la duplication de schémas juridiques similaires réduit significativement les coûts de conseil et les risques de non-conformité. Les structures de type holding régionale peuvent être constituées au Luxembourg ou aux Pays-Bas pour superviser des filiales OHADA, en tirant parti des conventions fiscales bilatérales signées par ces pays avec les États membres.
Toutefois, le cadre OHADA présente certaines limites : le droit fiscal reste une prérogative nationale, créant des disparités importantes en matière d’impôt sur les sociétés, de retenues à la source sur dividendes et redevances, et de conformité aux normes internationales BEPS. Les investisseurs doivent donc articuler une stratégie juridique OHADA avec une optimisation fiscale adaptée à chaque juridiction.
Pour approfondir les stratégies de structuration en zone francophone africaine, consultez notre guide complet sur la structuration des investissements en zone OHADA.
Common Law Africa : Flexibilité et Diversité des Cadres Nationaux
Les juridictions africaines de Common Law – notamment le Nigéria, le Ghana, le Kenya, l’Ouganda, la Tanzanie, le Botswana et l’Afrique du Sud – opèrent sous des systèmes juridiques hérités du droit britannique, caractérisés par la prééminence de la jurisprudence (case law) et une approche pragmatique du droit commercial.
Caractéristiques Structurelles du Common Law Africain
Contrairement à l’harmonisation OHADA, chaque juridiction de Common Law africaine développe son propre corpus législatif et jurisprudentiel. Le droit des sociétés, des contrats et des sûretés est codifié dans des Company Acts, Secured Transactions Acts ou Insolvency Acts nationaux. La jurisprudence des cours nationales – et parfois des juridictions britanniques supérieures – joue un rôle interprétatif déterminant.
Cette diversité offre une flexibilité contractuelle importante : les parties peuvent concevoir des clauses sur mesure, négocier des arrangements de gouvernance sophistiqués et adapter les structures juridiques aux exigences opérationnelles spécifiques. Les juridictions de Common Law africaines attirent ainsi des investissements dans des secteurs complexes comme la fintech, les infrastructures énergétiques ou les projets extractifs nécessitant des montages financiers et juridiques élaborés.
Particularités Fiscales et Opportunités Stratégiques
Les pays de Common Law africains affichent une grande hétérogénéité fiscale. Le Nigéria applique un taux d’IS standard de 30% avec des régimes préférentiels pour certains secteurs (zones franches, pétrole et gaz). Le Kenya fixe l’IS à 30%, assorti d’incitations pour les investissements dans les secteurs manufacturier et agricole. L’Afrique du Sud, économie la plus développée du continent, propose un environnement fiscal sophistiqué avec un IS à 27% et un réseau dense de conventions fiscales.
Les zones franches jouent un rôle crucial dans ces juridictions : les Free Trade Zones nigérianes, les Special Economic Zones kenyanes ou les zones franches sud-africaines offrent des exonérations fiscales significatives (0% d’IS pour certaines activités), des régimes douaniers privilégiés et une flexibilité réglementaire accrue. Cependant, les investisseurs doivent veiller à satisfaire aux exigences de substance économique réelle pour éviter les requalifications fiscales sous les standards BEPS de l’OCDE.
Défis de la Fragmentation et Due Diligence Renforcée
La diversité des cadres Common Law africains impose une due diligence juridique et fiscale approfondie pour chaque juridiction ciblée. Les règles de gouvernance d’entreprise, les procédures de restructuration, les régimes de propriété intellectuelle et les mécanismes de résolution des litiges varient considérablement. Les risques d’exécution de jugements, de délais judiciaires prolongés et de corruption judiciaire doivent être évalués avec rigueur.
Pour les acquisitions et joint-ventures transfrontalières impliquant des juridictions Common Law africaines, une compréhension fine des spécificités locales est indispensable. Consultez notre ressource dédiée aux opérations de M&A et joint-ventures transfrontalières pour sécuriser vos transactions.
Implications Stratégiques et Structuration Optimale des Flux EMEA-Afrique
Arbitrage Juridictionnel et Choix de la Structure Holding
La sélection d’une juridiction de holding européenne ou moyen-orientale pour superviser des filiales africaines repose sur l’articulation entre le système juridique local (OHADA ou Common Law) et les traités fiscaux disponibles. Les holdings luxembourgeoises, néerlandaises ou basées aux Émirats Arabes Unis (notamment dans les zones franches de Dubaï) offrent des avantages fiscaux substantiels pour la réception de dividendes, redevances et intérêts issus d’Afrique.
Une structure type comprend :
- Holding luxembourgeoise ou néerlandaise : exonération des dividendes entrants sous régime participation (Luxembourg) ou régime des filiales (Pays-Bas), permettant une consolidation fiscale efficiente.
- SPV intermédiaire (Mauritius, Cyprus) : exploitation des conventions fiscales pour réduire les retenues à la source sur dividendes et redevances sortant d’Afrique.
- Filiales opérationnelles en zone OHADA ou Common Law : optimisation locale de l’IS via les incitations sectorielles et les zones franches.
Cette architecture nécessite une documentation rigoureuse (substance économique, prix de transfert, justifications commerciales) pour résister aux audits fiscaux et respecter les obligations de reporting BEPS (Country-by-Country Reporting).
Pour des structurations impliquant les Émirats, explorez notre guide sur l’implantation en zone franche UAE.
Gestion des Prix de Transfert et Conformité BEPS
Les juridictions OHADA et Common Law africaines adoptent progressivement les standards BEPS de l’OCDE, notamment les Actions 8-10 sur les prix de transfert et l’Action 13 sur le Country-by-Country Reporting (CbCR). Les groupes multinationaux réalisant un chiffre d’affaires consolidé supérieur à 750 millions d’euros doivent déposer un CbCR dans leur juridiction de résidence fiscale et, de plus en plus, dans les juridictions africaines où ils opèrent.
Les transactions intra-groupe – fourniture de services de gestion, licences de propriété intellectuelle, prêts intercompagnies – doivent être documentées selon le principe de pleine concurrence (arm’s length). Les administrations fiscales africaines, particulièrement au Nigéria, au Kenya et en Afrique du Sud, intensifient leurs contrôles. Une documentation contemporaine robuste (master file, local file, CbCR) et une politique de prix de transfert défendable constituent des impératifs de conformité.
Résolution des Litiges : Arbitrage International vs Voies Judiciaires
En zone OHADA, l’Acte Uniforme relatif au Droit de l’Arbitrage offre un cadre moderne et efficace pour l’arbitrage commercial. Les sentences arbitrales rendues sous l’égide de la CCJA bénéficient d’une reconnaissance automatique dans les 17 États membres. Les investisseurs internationaux privilégient fréquemment les clauses d’arbitrage CCJA ou d’arbitrage institutionnel (CCI, LCIA) avec siège arbitral à Paris ou Londres.
Dans les juridictions de Common Law africaines, l’arbitrage est également favorisé, notamment sous les règles UNCITRAL ou LCIA. Les centres d’arbitrage de Lagos (LCIA-LMAA), Nairobi (NCIA) et Johannesburg (AFSA) se développent, mais l’exécution des sentences arbitrales étrangères peut présenter des défis pratiques. La Convention de New York de 1958 sur la reconnaissance et l’exécution des sentences arbitrales étrangères est largement ratifiée, mais les délais et les risques d’obstruction judiciaire varient selon les pays.
Les contrats d’investissement majeurs incluent souvent des clauses de stabilisation fiscale et réglementaire, particulièrement pour les projets d’infrastructure énergétique ou extractive, garantissant une prévisibilité contre les modifications législatives défavorables.
Optimisation Fiscale et Rapatriement des Bénéfices
La stratégie de rapatriement des bénéfices depuis l’Afrique vers l’Europe ou le Moyen-Orient doit intégrer les retenues à la source sur dividendes, les restrictions de change et les exigences de réinvestissement local. Les conventions fiscales bilatérales permettent souvent de réduire ces retenues (typiquement de 15% à 5-10% selon les traités).
Les structures optimisées exploitent :
- Les conventions fiscales : Luxembourg-Côte d’Ivoire, Pays-Bas-Ghana, Mauritius-Kenya pour minimiser les retenues à la source.
- Les régimes de participation : exonération des dividendes entrants dans la holding européenne sous conditions de participation minimale (10% ou 5%).
- Les montages hybrides : utilisation de dettes intra-groupe (soumises aux règles de thin capitalization locales) pour générer des déductions d’intérêts fiscalement efficientes.
Ces montages complexes nécessitent une analyse adaptée à chaque situation. AVOSTA accompagne les dirigeants dans la structuration optimale de leurs opérations transfrontalières, en articulant conformité réglementaire et optimisation fiscale légale.
Risques et Conformité : Anticiper les Audits Fiscaux et les Litiges
L’environnement réglementaire africain évolue rapidement. Les administrations fiscales intensifient leurs contrôles, particulièrement sur les prix de transfert, les montages de holdings offshore et les flux de redevances. Les sanctions pour non-conformité incluent des redressements fiscaux, des pénalités et, dans certains cas, des poursuites pénales pour évasion fiscale.
Une due diligence pré-investissement approfondie doit couvrir :
- L’analyse des passifs fiscaux latents et des litiges en cours.
- L’évaluation des régimes de prix de transfert et de la documentation existante.
- La vérification de la conformité aux obligations de reporting (CbCR, déclarations fiscales locales).
- L’audit des titres de propriété, sûretés et garanties en place.
- L’évaluation des risques de corruption, blanchiment et conformité aux régulations anti-corruption (UK Bribery Act, US FCPA).
Les dirigeants doivent également anticiper les risques de change et de contrôle des capitaux, particulièrement dans les juridictions Common Law où les restrictions de rapatriement peuvent être imposées en période de tensions macroéconomiques.
Études de Cas : Structuration Réussie en Environnement Hybride
Un groupe industriel français souhaitant investir simultanément au Sénégal (OHADA) et au Ghana (Common Law) a structuré une holding luxembourgeoise détenant deux SPV mauriciens, chacun supervisant une filiale opérationnelle locale. Cette architecture a permis :
- Une optimisation fiscale via les conventions Luxembourg-Maurice et Maurice-Sénégal/Ghana, réduisant les retenues à la source sur dividendes à 5%.
- Une sécurisation juridique grâce à l’application de clauses d’arbitrage LCIA avec siège à Londres.
- Une conformité BEPS assurée par une substance économique réelle dans chaque entité (direction locale, personnel, actifs).
Ce type de structuration exige une coordination étroite entre conseillers juridiques, fiscalistes et auditeurs locaux pour garantir la robustesse du montage face aux évolutions réglementaires.
Conclusion : Vers une Stratégie Africaine Sécurisée et Performante
La maîtrise des différences entre les systèmes OHADA et Common Law africains constitue un levier stratégique déterminant pour les investisseurs internationaux. L’harmonisation OHADA offre prévisibilité et simplicité pour les opérations multi-juridictionnelles en Afrique francophone, tandis que les environnements Common Law séduisent par leur flexibilité contractuelle et leurs opportunités de structuration sophistiquée.
Quelle que soit la juridiction ciblée, une approche rigoureuse intégrant due diligence approfondie, conformité aux standards internationaux (BEPS, CbCR, prix de transfert) et structuration fiscale optimale via des holdings européennes ou moyen-orientales demeure indispensable. Les risques juridiques, fiscaux et réglementaires nécessitent un accompagnement expert continu, adapté aux spécificités de chaque opération.
Pour une évaluation confidentielle de votre stratégie d’expansion africaine, les équipes d’AVOSTA peuvent vous accompagner dans l’identification de la structure la plus adaptée à vos objectifs, en articulant sécurité juridique, optimisation fiscale et conformité réglementaire.




